Je reprends la plume, pardon, mon clavier, pour discourir sur un sujet un peu spécial, souvent tabou, aujourd'hui moins, mais qui refait surface suite à l'affaire d'un jugement. Je rappelle donc
les faits: un mariage a été annulé pour cause de mensonge "sur les qualités essentielles" du partenaire, et en particulier ici, de la virginité de l'épouse. D'après les médias, une recrudescence de
demandes pour se faire recoudre l'hymen, ou plus simplement pour se "refaire une virginité" artificielle, a été observée dans les hôpitaux cette semaine, de l'ordre de 40%. Mais ce que cette simple
affaire, qui a bénéficié d'un tapage médiatique, soulève de plus important, c'est le sujet sous-jacent: la virginité donc. Entre affaire de jugement et réflexion sur la notion de virginité, je
m'appliquerai donc à dégager un avis sur cette question.
L'origine de la vision de virginité comme pureté
Si cet angle peut sembler inutile et risible, je rappelle que depuis des milliers d'années, et même encore aujourd'hui et de manière très répandue, la virginité, et plus particulièrement celle de
la femme est considérée comme signe de pureté. Pourtant, et ce peut paraître étrange, dans les sociétés primitives - qui peuvent encore exister -, la virginité était considérée comme impopulaire,
à savoir qu'il fallait vite s'en débarrasser, un peu comme dans nos sociétés occidentalisés et aux moeurs libérés.
Toute l'interrogation se fonde alors sur ce passage entre impopularité et pureté. Il s'effectue lors du glissement vers les monothéismes, de nos grandes religions. Et à cela j'ai mon
interprétation, j'utiliserai d'ailleurs une comparaison. Les monothéismes se sont fondés, en plus des questions de foi, vers la sacralisation et l'institutionnalisation de pratiques déjà ancrées,
mais surtout dans le but de réguler la société. Les hommes se sont vite rendus compte que le sexe est vecteur de maladies qui peuvent décimer les populations. Or, la meilleure manière de limiter
ces transmissions, c'est de limiter les rapports sexuels, et les cantonner au couple stable et fidèle, qui va de pair avec la doctrine religieuse développée. Quand la consommation de porc a été
interdite dans l'islam, il s'agissait purement d'une mesure sanitaire, car celui-ci était vecteur de maladies; et comme tout le monde le sait, la tradition a subsisté. De virginité impopulaire,
l'homme étant considéré plus comme un animal qui doit avoir de l'expérience en la matière, on est passé vers une notion de pureté. Et de la raison purement rationnelle est née toute une doctrine:
la virginité est louée comme une vertu car elle est amour de dieu (ndr: je ne mets jamais de majuscule, puisque je ne vois pas pourquoi il doit y en avoir une) et elle devient tout un symbole.
Dans la Bible, la destruction de la ville de Sodome est très clairement le passage qui annonce la prohibition de pratiques sexuelles "sauvages" et de l'homosexualité. La virginité conservée par
Marie, la mère de Jésus, est elle l'apogée de la vertu: elle conçoit, enfantée par dieu, mais sans rapport. C'est la fameuse "immaculée conception".
Une pureté signe d'amour et de fidélité
A partir du moment où la virginité est vue comme une vertu, il y a deux voies qui se dessinent alors pour les femmes. Soit le voeu de chasteté éternelle pour les soeurs et nones qui ont juré de
servir le dieu seul, soit le voeu de garder sa virginité jusqu'au mariage qui est l'union entre un homme et une femme (l'homosexualité étant prohibée) devant le dieu qui reconnaît l'union. Cette
virginité conservée est signe d'amour, de fidélité envers l'époux qui souhaite être sûr que son épouse ne s'est pas offerte au premier venu. Il ne s'agit plus désormais de consacrer le sexe comme
un simple moyen de procréation, mais comme une exclusivité réservée au couple qui a certes le devoir d'assurer un descendance, mais qui doit le faire absolument après mariage officiel.
Disparition de la sacralisation de la virginité
Chose étrange, cette pratique n'est pas écrite noir sur blanc dans la Bible ou le Coran, mais relève plutôt d'une tradition qui fait l'unanimité ou presque chez les représentants religieux. Il
est donc très critiquable d'associer appartenance à une religion et conservation de la virginité jusqu'au mariage. D'une manière générale, ces pratiques ont presque disparu dans les sociétés
occidentales bien que toujours culturellement monothéistes. On évoque alors machinalement pour expliquer ce faire la libération des moeurs sexuels, l'indépendance sexuelle de la femme, ce qui est
considéré presque partout comme un progrès. Concrètement, il s'agit pour chacun, sexes confondus, de gérer comme il l'entend sa vie sexuelle, grâce notamment aux moyens contraceptifs, moyens qui
ne sont pas acceptés par les autorités officielles des religions monothéistes car complices de l'hédonisme et ne permettant pas la procréation . Le sexe n'est plus considéré comme la consommation
d'une union, l'union éternelle entre un homme et une femme, comme la vision religieuse l'imposait, mais comme un moyen de jouissance comme un autre, un droit au plaisir charnel. Au fond, en
poussant la logique au bout, le sexe est une activité comme une autre: taper le foot à PES sur sa ps2, aller au musée, etc. Il ne s'agit pas pour l'instant de juger si cela est vraiment un
progrès, et je ne peux d'ailleurs en tirer une conclusion en cet instant, mais je note déjà qu'on est retourné à la situation des sociétés primitives où la virginité était impopulaire. Remis au
goût du jour, on peut citer les mythes du "bon coup au pieu", du "puceau à 40 ans", etc. La virginité n'est plus pureté, elle est honte, incapacité à séduire, à se servir de son corps, et bien
plus encore, incompréhension de l'évolution des moeurs actuels.
Est-elle de retour ?
Si mai 68 a joué le rôle de libérateur des moeurs, on s'inquiète ces derniers temps d'un retour des violences contre les femmes. D'une part le mariage forcé, mais aussi le rapide retour de la
"valeur virginité". En effet, d'après bon nombre de médiateurs sociaux, dans les quartiers sensibles, la virginité est une vertu à la mode, surtout pour les mariages. Volonté de sortir de la
"femme pute", les femmes tenteraient de se refaire une image digne envers les hommes qui sont de plus en plus demandeurs de cette "qualité". Si la tradition n'avait jamais vraiment disparu dans
les milieux catholiques conservateurs, on ne cachera pas que la perception de ce retour de la "valeur virginité" est intimement lié avec l'essor de l'islam en France. Pourtant, les autorités
musulmanes de France dénoncent cette tradition qui n'est pas dans les livres saints. Mais les moeurs ont la vie dure et on a constaté une augmentation des demandes pour se refaire l'hymen (qui
prouverait, en se brisant, que la virginité était réelle), témoignant d'un malaise chez les jeunes filles qui paniquent à l'idée d'être répudiées par leurs maris, exigeant cette "qualité", la
virginité. Ce qui m'interpelle alors, c'est pourquoi les hommes qui traditionnellement considèrent chez eux le sexe comme une activité physiologique inévitable, et donc qui sont très tolérants
avec leurs pratiques, le sont beaucoup moins avec les femmes, jusqu'à exiger la virginité de leur femme.
L'orgueil d'être le seul aimé
En réfléchissant un instant et en étudiant aussi un peu mon cas personnel, c'est à dire aussi ce que je peux ressentir, j'en suis venu à ce raisonnement. L'homme a par définition plus de mal à
accepter qu'une femme puisse avoir aimé par le passé, ou puisse aimer d'autre personnes dans le futur, que les femmes elles mêmes. Cependant, il s'accommode très bien de son "girouettisme" et
considère qu'en tant que mâle, il est naturellement conduit à chercher le plaisir partout. Premier illogisme d'ordre numérique: si on considère qu'il y a autant de femmes que d'hommes à grande
échelle, comment ceux-ci pourraient-ils chercher satisfaction partout tout en exigeant que toutes les femmes restent "pures" ? Réponse provisoire: séparer les femmes à sexe et celles pour faire
sa vie. Mais ce consensus, qui est bien souvent celui des hommes amorce une aberration: qu'est-ce qui peut ontologiquement séparer les femmes en deux groupes ? Qu'est-ce qui les différencie ? Sur
quels critères ? J'en conclus donc que la pensée de la majorité des hommes n'est pas rationnelle mais conduite par une passion inavouable pour eux; l'orgueil. Ce sentiment qui voudrait que notre
compagne soit notre possession entière et qu'elle n'ait eu qu'un amour dans sa vie. Il y aurait alors satisfaction de puissance, d'être son seul repère. Et c'est en cela que je critique ces
hommes qui exigent la virginité de leur compagne, tout en s'accommodant très bien de leurs batifolages.
Mais il ne faut pas faire un cas général de cette intuition que j'ai et que je perçois. Il existe aussi des hommes qui se sèvrent dans l'attente d'offrir eux aussi leur virginité à leur épouse,
car ils considèrent qu'ils ont le même devoir. La question ici n'est pas de comprendre leurs motivations personnelles, qui peuvent être religieuses, philosophiques, voire romantiques, mais de
nuancer l'orgueil intrinsèque aux hommes et leur supposée tendance à la bestialité sexuelle. Si le choix est purement personnel, il n'y a pas lieu de se plaindre de régression, car il est aussi
très probable que les populations ne se mélangent guère, entre celles totalement libérées, et celles qui attribuent encore un sens à la virginité, puisque leur avis diverge sur un plan qui leur
semble essentiel.
Incompréhension et dogmatisme
Pour en revenir au jugement qui a déclenché les passions, éclairé par la réflexion sur la virginité, je pense qu'il y a eu une incompréhension totale de masses de la situation et une propagande
dogmatique de la part des médias et des associations progressistes et féministes. L'annulation du mariage ne vise pas la virginité de la femme, mais le mensonge au sein du couple qui a mené le
mari à entraîner la procédure. Il se trouve que le mensonge portait sur la virginité, mais ce jugement ne condamne pas une femme parce qu'elle n'est pas vierge, il vient juste dans le sens de la
volonté du couple. La loi, les associations, le gouvernement, n'ont en aucun cas le droit de critiquer la raison de cette annulation: si la virginité était un facteur clé pour le mari, c'est son
droit. Si la femme lui a menti, c'est sa responsabilité, et je considère plutôt heureuse cette fin où la femme n'a été victime d'aucune violence, et est débarrassée d'un homme qui apparemment ne
l'aimait pas plus que cela, pour demander une annulation de mariage pour une histoire de virginité. Il n'y a aucun scandale, le jugement est tout à fait logique, et je juge déplorable qu'une
nouvelle fois on crie haro sur la montée des extrémistes religieux en France, qu'on annonce des dégradations de la condition de la femme. Il vaudrait mieux s'attaquer au problème des mariages
forcés que de vouloir convaincre tout le monde que la virginité n'est pas une vertu mais un simple état technique, que la femme doit libérer totalement sa sexualité tout comme les hommes qui ne
l'ont pas encore fait, etc. Il apparaît donc très clairement que l'affaire du jugement est un faux débat à l'heure actuelle.
La voie du milieu et remarques personnelles
Mise à part mes interprétations sur l'origine de la pureté de la virginité, sur le comportement des hommes, et mon avis sur le jugement, je vais simplement conclure par mes remarques personnelles
sur le sujet en adoptant comme souvent une voie du milieu. En tant qu'athée pur et dur, la conception de pureté de la virginité n'a strictement aucun sens pour moi, d'autant plus que les moyens
contraceptifs permettent de réduire considérablement les risques de transmission. Je m'insurge donc contre les politiques de l'abstinence, qui passent forcément par la religion, lorsqu'il s'agit
de trouver un moyen de combattre les MST. C'est rejeter le problème et ignorer les moeurs modernes incompatibles avec l'abstinence. Cependant, considérer la virginité comme rien du tout ne me
paraît pas être un bon consensus également. C'est pour moi, rabaisser l'activité sexuelle à une autre, n'importe laquelle, comme jouer à PES, au hasard. Il faut voir, à mon avis, la perte de la
virginité comme un passage dans une relation, et non l'opportunité de s'amuser un peu, puisqu'on en a l'opportunité. Cette remarque est d'ailleurs valable pour toute première relation sexuelle
dans un couple nouvellement formé. Quant au fait de savoir que le ou la partenaire n'est plus vierge, c'est savoir pleinement qu'il/elle a déjà aimé par le passé, qu'on n'est pas le premier,
voire le dernier, ou alors savoir qu'il/elle n'accordait pas plus d'importance à sa virginité dans une relation sans sentiment. Je termine donc sur ces remarques qui témoigneront pour certains et
certaines d'un conservatisme, d'autre moins nombreux et nombreuses de progressisme, sur un sujet qu'il convenait de développer.
Et maintenant, je vais aller me coucher. Et non, il n'y a personne dans mon plumard, mise à part moi.
Aucun rapport.
Je ne suis pas un grand adepte des commentaires, mais pour ce genre de sujet, vous êtes invités à vous exprimer.